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Attention, ce blog contient des fictions de couples à tendance homosexuelles... Publics avertis pour tous les mineurs ou âmes sensibles s'abstenir !
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Jeudi 14 août 2008

Je squatte le blog de Libertys (encore) pour vous dire, à celles qui ne sont pas chez moi (:p), que notre chapitre 6 est en ligne. Merci et bonne lecture
bisou à toutes (et tous?)

http://yaoi.lutraah.lybertys.over-blog.com/

publié dans : Not alive without you recommander
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Lundi 4 août 2008
Suite et fin de le partie 06

Alors que j'ouvrais la portière,  de la voiture, je trouvais le chiot que je voulais offrir à Juha roulé en boule sur le vieux pull que je lui avait donné. Délicatement, je le pris dans mes bras et sortais sa caisse et son panier avant de refermer sa voiture.  Certes, cela n'était pas fait dans les normes, avec le ruban et le papier décoré, et j'espérais de tout coeur que Juha ne m'en tiendrait pas rigueur. Alors que je rentrais dans le studio, je trouvais les lumières éteintes et le sapin illuminé. J'avais beau avoir à présent, vingt-cinq ans je ne me lassais pas de voir les lumières clignoter sur le sapin décoré.  Même à mon âge, Noël restait un instant magique même si religieusement, cela n'avait aucune signification pour moi, étant athée. En silence,  je déposais le tout au pied du sapin avant d'aller rejoindre Juha dans la cuisine. Me voyant arriver, il me tendit la tasse de thé que j'attrapais en lui adressant un sourire de remerciement. Nous restâmes silencieux jusqu'à ce qu'au clocher, résonnent les douze coups de minuit. Bondissant sur ses pieds, Juha m'attrapa par le bras et m'entraînait à sa suite en s'exclamant :

- Viens !

Sur ces mots, , il se précipita vers la pièce qui faisait office de salon et alors qu'il s'apprêtait à allumer la lumière, je l'arrêtais :

-Non, n'allume pas !

Il me lança un regard intrigué, me posant une question muette à laquelle je ne pris pas la peine de répondre :

- Assieds-toi par terre et ne bouge pas.

Sur ce, il m'obéit non sans une certaine appréhension tandis que j'allais allumer la petite lampe située près du sapin. Avec une douceur extrême afin de ne pas réveiller le petit animal,, je le posais dans son panier que je déposais ensuite devant Juha.

- C'est bon, tu peux ouvrir les yeux... Désolé de ne pas avoir fait cela dans les formes... Enfin, je... Voilà...

- Gabriel, je... Je ne sais pas quoi dire, commença-t-il visiblement ému. Il... Il est magnifique, ajouta-t-il en le prenant délicatement dans ses bras et en le caressant avec tendresse. Merci... Merci infiniment...

- C'est vrai ? Il te plait ? Demandais-je anxieusement.

- Oui, il est adorable... Merci encore...

Le chiot se pelotonna dans les bras de Juha qui le regardait faire attendri, les joues roses et les yeux pétillant d'émotions.

Assis à côté de Juha, je le regardais jouer avec le jeune chien qui semblait l'avoir déjà adopté. J'étais heureux et soulagé de voir que Juha semblait déjà très attaché à l'animal et je savais parfaitement qu'avec lui, il serait entre de bonnes mains. Je m'étais déjà arrangé avec Philippe qui m'avait donné son accord pour qu'il reste au ranch la journée, où il continuerait de se sociabiliser avec Cobalt et apprendrait à ne pas craindre les chevaux. Les yeux scintillant de joie de Juha gonflèrent mon coeur d'un sentiment de satisfaction et de bonheur. Le voir heureux suffisait à mon bonheur et je me surpris moi-même de cette pensée.  Avant que je n'ai le temps d'approfondir l'analyse du pourquoi de ces sentiments, je sentis Juha m'aggriper vivement par le col de ma chemise  et m'attirer à lui en un geste brusque. Ses lèvres se soudèrent aux miennes en un fougueux baiser auquel je répondis aussitôt avec empressement. J'aimais les baisers que nous échangions, à la fois doux et passionnés. Fiévreusement, sa langue demanda l'accès à ma bouche et c'est sans hésitation aucune que je lui cédais le passage. Entrouvrant les lèvres. Sa langue caressa la mienne avec volupté en un ballet érotique et avec ferveur, en un échange des plus ardents qui fit s'accélérer mon rythme cardiaque et augmenter considérablement ma chaleur corporelle. Jamais encore il ne m'avait embrassé ainsi et tout en lui me criait son désir pour moi. Ses mains s'aventuraient sur ma nuque et dans les cheveux avant de redescendre avec empressement et s'infiltrer fébrilement et sans aucune honte sous ma chemise, ses doigts laissant des traînées de lave en fusion partout où ils effleuraient ma peau.

Ce ne fut que lorsque l'air vint à nous manquer qu'il consentit à me rendre ma liberté. Au sourire qu'il m'adressa par la suite, je ne pus que rougir tandis que ma respiration s'accélérait d'avantage et que mon coeur s'emballait :

- Merci, répéta-t-il en un souffle. Moi aussi j'ai des cadeaux pour toi...

- Il ne fallait pas, répondis-je mal à l'aise, ne sachant  plus où me mettre.

Pour être honnête, je n'avais pas l'habitude de recevoir des cadeaux et cela me gênait particulièrement. J'aimais en offrir, mais j'avais plus de mal à en recevoir.

- Pourquoi il ne fallait pas ? Je te préviens tout de suite, tu vas avoir intérêt à t'habituer car tant que je serais là, tu y auras droit à chaque fois ! S'exclama-t-il vivement. Gamin va !!

Sur ses mots, il éclata de rire, prenant visiblement plaisir à me charrier à propos de mon âge. Entrant dans son jeu, je saisis le pull que j'avais donné  pour le chiot et lui balançais au visage, prenant un air dramatique et outré.

- Non mais dit !! M'exclamais-je. Tu vas voir ce qu'il te dis le gamin !!

Nous chahutâmes un moment, riant aux éclats comme rarement il m'arrivait de le faire puis lorsque nous fûmes calmés, il attrapa deux paquets dont un était plutôt imposant. Je m'en emparait après un moment d'hésitation et commençais par ouvrir le plus gros. C'est avec émotions que je découvrais un tapis comme j'avais pour ma selle de couleur noir avec dessus, le nom d'Orphée  brodé en lettre blanches. Avec ça, un magnifique filet américain de présentation dont les montants et le passage d'oreille étaient décoré en cuir repoussé. De chaque côté, un petit blason d'argent retenait des franges en cuir et quelques plumes. Les yeux brillants de larmes d'émotions, je sortais le tout du papier et le dépliait devant moi. Je jetais un coup d'oeil à Juha qui semblait particulièrement fier de lui.

- Je... Je...

La voix tremblante de sanglots de bonheur mal contenus, je n'arrivais pas à parler et à exprimer ma gratitude. Je ne savais pas comment il s'était débrouillé pour savoir, mais ce cadeau me touchait au plus profond de moi. De plus, je n'osais imaginer le prix que cela avait dû lui revenir, moi-même n'ayant pas assez d'argent de côté pour m'offrir un tel matériel. J'attrapais un bout de carton qui voletait, accroché au filet, sur lequel Juha avait écrit de sa main : "Pour être les plus beaux sur toutes les premières place du podium". J'esquissais un sourire, amusé par ce petit commentaire avant de déclarer d'une voix rauque :

- Juha je... Je ne sais vraiment pas quoi dire... C'est... C'est vraiment magnifique... Merci... Du fond du coeur, merci...

- Tu n'as pas à dire quoi que ce soit, répondit-il en souriant tendrement. Ton regard me suffit amplement... Allez, ouvre le second !

Fébrilement, je m'emparais du deuxième paquet et avec délicatesse, j'entrepris de le déballer à son tour. Je découvrais un écrin que j'ouvris timidement et pour la seconde fois de la soirée, je restais muet de stupéfaction. Jamais de ma vie je n'avais reçu d'aussi beaux cadeaux... Dans l'écrin, posé sur un carré de velours noir, se trouvait une gourmette en argent sur laquelle était gravé mon prénom en lettres attachées et de chaque côté était gravée la tête d'un cheval qui ressemblait étrangement à Orphée. La plaque d'argent était retenue de chaque côté à la chaîne, dont les maillons formaient une corde, par deux mors.

- Juha, répétais-je, incapable de dire quoi que ce soit d'autre.

Sachant pertinemment qu'un simple "merci" ne suffirait pas pour exprimer ma gratitude, je posais le tout devant moi avec le plus grand soin puis, sous le regard intrigué de Juha, je me levais et allais m'agenouiller face à lui. Jusqu'au dernier moment, je pus déceler de l'incompréhension dans son regard vert. Sans faillir, et avec conviction, je me penchais vers lui et malgré mon hésitation de dernière minute, je m'emparais timidement de ses lèvres. S'il parut étonné de mon initiative, ceci étant le tout premier baiser que je lui donnais de moi-même, il finit par en prendre le contrôle et y répondre avec avidité, comme s'il souhaitait me remercier de cette initiative. Nos langues se mêlaient avec fougue en une danse terriblement sensuelle et la volupté de ses caresses faisait naître au  creux de mes reins un brasier ardent qui se propageait dans mes veines et dans mon corps tout entier.

Comme si je n'étais plus maître de moi-même,  je me collais un peu plus contre Juha, grisé par notre baiser passionné et la chaleur de son corps qui fusionnait avec la mienne. Galvanisé comme jamais, je m'enivrais de son odeur et assis sur ses genoux,  je passais mes bras autour de son cou dans le but de l'attirer toujours plus prêt, voulant le sentir tout contre moi. Je ressentais le besoin impétueux de me fondre en lui, en un désir violent que je n'avais encore jamais éprouvé auparavant. C'était comme viscérale... A contrecoeur, je me séparais de lui lorsque le manque d'air fut trop important et réalisant subitement l'ampleur de mon audace, je détournais le regard, atrocement gêné. Alors que je maudissais mon initiative, je sentis la main de Juha glisser tendrement sur ma joue dans le but de me forcer à le regarder. Puis, un sourire étirant ses lèvres, il déclara :

- J'aime ta façon de me remercier...

Honteux, je sentis le rouge me monter aux joues et afin de me soustraire à son regard inquisiteur et empli de désir que je sentais posé sur moi, j'enfouis mon visage dans son cou, inspirant son odeur à plein poumons. Nous restâmes un moment ainsi enlacés, appréciant simplement la présence de Juha tout contre moi. Du bout des lèvres, je l'embrassais dans le cou avant de murmurer au creux de son oreille :

- Merci... Merci pour tout Juha... Merci pour ce que tu représentes pour moi...

Sans lui laisser le temps de répondre, je m'emparais une nouvelle fois de ses lèvres pour un furtif baiser volé, goûtant aux joies de le surprendre. J'aimais savoir que j'étais source de surprise continuelle pour lui, cela m'apportait une satisfaction sans limite.

Sur ce, je finis par abandonner les genoux de Juha pour aller me servir un verre d'eau avant d'aider Juha à commencer à ranger. Lorsque le studio fut à peu près remis en état et la vaisselle faite, j'allais prendre une douche rapide pendant que Juha s'amusait avec son chiot. Quelques minutes plus tard, tremblant de froid, je me précipitais sous les couvertures, pendant qu'à son tour, Juha allait se laver. Lorsqu'il entra dans la chambre, un instant plus tard, simplement vêtu d'un pantalon pour la nuit, je ne pus m'empêcher de laisser mon regard vagabonder et courir le long de son visage. Je n'avais jamais réellement fait attention à son physique, peut être parce que je ne voulais pas le voir, mais à cet instant précis, je ne pouvais m'empêcher de le trouver diablement beau.

Semblant sentir mon regard posé sur lui, il tourna la tête vers moi et m'adressa un sourire qui illumina son visage. Je lui répondis timidement sans pour autant détacher mon regard du sien. Après un moment à nous fixer, je détournais le regard, mal à l'aise, puis Juha vint me rejoindre sous les draps. Il écarta les bras en une invitation à venir y prendre place et sans me faire prier, je répondis à son invitation. La tête callée au creux de son épaule, je poussais un soupir de bien être tandis que Juha refermait son bras autour de mon épaule. Nous restâmes un moment silencieux, appréciant la sérénité qui nous entourait. Puis relevant la tête vers Juha, sans pour autant m'éloigner de lui, je pris la parole :

- Merci Juha... Merci pour cette soirée...

- Je t'en prie, répondit-il simplement. Merci à toi d'avoir accepté de la passer avec moi... Tu sais, c'est le premier Noël que je passe en dix ans... Je suis heureux d'avoir pu le passer avec toi...

De nouveau le silence se fit, puis curieux de savoir, je demandais :

- Comment tu vas l'appeler ton chien ?

Juha ne répondit pas immédiatement, semblant réfléchir à une idée de prénom, puis finit par répondre :

- Mhh... Que penses-tu de Shanenja ?

- Oui, c'est joli, répondis-je avec enthousiasme, heureux que Juha fasse preuve d'imagination et d'originalité pour nommer son chiot.

Il m'adressa un sourire radieux et se pencha vers moi avec la ferme intention de m'embrasser. Alors qu'il se penchait vers moi, je décelais dans ses yeux, une lueur que je ne connaissais que trop bien. Les yeux pétillants, il me fixait avec envie et désir non feints. Je restais un moment à soutenir son regard, non sans rougir, mais décidé à ne plus fuir. Passant ma main sur sa nuque, je l'attirais vers moi en une invitation explicite et avec avidité, je m'emparais de ses lèvres. Pour la première fois, je me laissais aller à mes envies sans que rien ni personne ne vienne contrôler mes faits et gestes. Malgré la peur qui me nouait les entrailles et que je ne pouvais ignorer, j'avais réellement envie d'approfondir la relation ambiguë que nous entretenions depuis un certain temps. Je voulais savoir jusqu'où nous pourrions aller ainsi. Je l'attirais encore plus à moi, lui faisant clairement comprendre que je savais dans quoi je m'engageais, bien que je n'étais pas vraiment préparé, n'ayant pas songer un seul instant que nous passerions le cap ce soir, et tendrement, il me fit rouler sous lui, prenant de ce fait, la position de dominant. Je n'avais que faire d'être en état d'infériorité face à lui, au contraire, j'aimais cette impression que pour une fois, les rôles étaient inversés. J'aimais cette sensation et ce sentiment de sécurité que je ressentais à être ainsi dans les bras de Juha.  Pour la première fois, j'étais cette personne à qui il fallait faire attention et prendre soin.

Ce que Juha me faisait ressentir, jamais je n'avais connu cela auparavant. Jamais les mains de Marion électrisées de la sorte, ni même ses baisers ne m'avaient parut si doux et savoureux. Je tressaillais à chacun des attouchements de Juha,  comme si ma perception du toucher s'était décuplé indéfiniment. Je me sentais renaître sous la douceur de ses caresses et mourir à petit feu sous la chaleur et l'ardeur de ses baisers.  Déconnecté de la réalité, je n'avais plus conscience de rien hormis de la présence de Juha allongé sur moi et de toutes ses sensations qu'il me faisait découvrir. Ses mains parcouraient mon corps, de mon torse jusqu'à mon ventre avec dextérité et savoir faire. Il avait de l'expérience derrière lui et cela se sentait à la façon qu'il avait d'explorer mon corps, enregistrant dans sa mémoire les moindres tressaillements de ma peau.

A bout de souffle, ses lèvres se séparèrent des miennes et prenant appuis sur ses coudes, il planta son regard brillant de désir dans le mien et avec son genou, il écarta mes cuisses sans pour autant me lâcher des yeux, comme si de cette manière, il pouvait lire en moi ce que je ressentais. Non sans gêne mais sans hésitation pour autant, je cédais à sa demande muette et mes joues s'empourprèrent violemment à la vue du sourire qu'il m'adressa alors. Mon désir augmenta considérablement lorsque Juha ondula langoureusement des hanches, frottant éhonteusement son intimité que je sentais gonflée de désir contre mon bassin. Le plaisir que je ressentis à ce simple contact m'électrisa au plus haut point et je haletais de plaisir sous ses déhanchements. Puis, contre toute attente, il se redressa, s'agenouillant au dessus de moi une jambe de chaque côté de mon bassin, comme pour m'empêcher toute tentative de fuite et, me surplombant de toute sa hauteur, il plongea son regard perçant dans le mien. Avec une lenteur extrême,  il se pencha vers moi et du bout des lèvres, il effleura les miennes en un contact aérien qui me frustra grandement. Il s'amusait à jouer avec mes nerfs, abusant de ma patience, comme s'il souhaitait voir combien de temps je pourrais tenir ainsi.

Sans cesser pour autant son lent déhanchement, il retient mes poignets prisonniers, m'empêchant tout mouvement. De sa main libre, il redessina la sculpture de mon torse tandis que sa langue arpentait mon cou, laissant derrière elle des coulées de lave en fusion. Alors que sa langue venait retracer les contours de mes lèvres, je la happais avec avidité pour un baiser des plus passionnés. J'appréciais plus que je ne l'aurais cru le traitement que me prodiguait Juha, mais je voulais plus. Moi aussi je voulais toucher la texture de sa peau, goûter à sa saveur. Avec difficultés, je parvenais tout de même à libérer mes mains de leurs entraves et après une fraction de seconde d'hésitation, je posais mes mains sur les épaules de Juha, m'aggripant à lui comme à une bouée de sauvetage qui me maintiendrait à la réalité. Je le sentis tressaillir au contact de mes mains sur sa peau et subitement, il cessa son déhanchement, m'arrachant à cette occasion, un petit cri plaintif de mécontentement. Apparemment fier de son petit effet, Juha se redressa et m'adressa un sourire ravi et satisfait auquel je ne répondis pas, noyé sous les vagues de plaisir qui affluaient sur moi. Les yeux dans le vague, la respiration haletante, j'avais de plus en plus de mal à me retenir. Je voulais plus, même si cela m'effrayait.

Semblant s'en rendre compte, Juha reprit son activité précédente avec plus d'ardeur encore. Galvanisé par la douce torture qu'il me faisait vivre en redessinant du bout de la langue un à un les sillons de mes abdominaux, je me laissais aller à émettre mon premier gémissement de plaisir. De nouveau, visiblement satisfait de lui-même, Juha m'adressa un énième sourire, avant de souffler, d'une voix rauque emprunte de désir :

- Gabriel... Tu es tellement beau...

Je ne répondis rien à cela, la voix brisée par l'émotion. Jamais on ne m'avait dit une telle chose et au son de sa voix, je pouvais sentir qu'il était sincère. Je n'étais pas fleur bleue ni même particulièrement regardant au vue de mon physique, mais s'entendre dire une telle chose à un tel moment, m'avait énormément touché. En guise de réponse, je m'emparais avidement de ses lèvres pour un échange qui nous laissa tout deux pantelants. Si j’avais longtemps hésité à être l'auteur de ses baisers, à présent cela ne me dérangeait plus et même, cela me plaisait, car j'aimais lire la surprise dans le regard de Juha à chaque initiative de ma part.

Quittant mon ventre, sa langue alla se perdre sur les boutons de chair durcis par le plaisir qui pointaient sur mon torse tandis que ses doigts glissaient le long de mes côtes. Je retiens momentanément ma respiration, enivré par les sensations que Juha me faisait ressentir seconde après seconde. Jamais cela n'avait été aussi intense et fusionnel entre Marion et moi et je devais avouer que contrairement à Juha, jamais Marion n'avait eu l'autorisation de toucher mon dos...

- Hn... Juha...

Galvanisé par le gémissement que je venais de pousser inconsciemment, Juha accentua ses caresses et reprit lentement son langoureux déhanchement qui réveilla considérablement mon propre désir ainsi que le sien que je sentais pulser tout contre ma cuisse. Il continua ainsi un temps puis avec une extrême lenteur, ses mains quittèrent mon entre pour aller se perdre sous l'élastique de mon jogging qui faisait office de pantalon de pyjama. Instinctivement, je me raidis et le sentant, Juha plongea ses yeux embrumés de désir et de plaisir dans les miens, comme s'il souhaitait me rassurer et sans se départir de sa douceur habituelle, il me susurra :

- Détend-toi... Je ne ferais rien sans ton accord... Je veux juste... Je veux juste te donner du plaisir... M'en donnes-tu l'autorisation ?

Il avait murmuré tout cela sans honte aucune, pas une seule fois il n'avait chercher à détourner les yeux. En faisant de même, j'hochais simplement la tête en guise d'acquiescement. Après un sourire, il reprit sa course le long de mon torse, jusqu'à mes hanches alors que nos langues se liaient à nouveau en un ballet sensuel et érotique. Lorsque je le sentis se débattre avec mon pantalon, je soulevais mon bassin afin de l'aider et il me remercia à sa façon. Avec une lenteur excessive, il fit glisser le pantalon de long de mes jambes et lorsque je fus totalement nu, offert à son regard appréciateur dans lequel la flamme du désir devenait de plus en plus flamboyant, mes joues s'empourprèrent violemment. Je réalisais alors que j'étais toujours puceau à vingt-cinq ans alors que Juha avait des années d'expériences derrière lui. J'eu subitement honte de cette réalité et ne supportant plus le regard inquisiteur de Juha sur moi, je me cachais le visage derrière mes bras.

- Tu rougis ? Demanda Juha d'une voix qui cachait mal son amusement. Pourquoi ?

Sans me découvrir pour autant le visage, je marmonnais rapidement ma honte et visiblement surpris, Juha s'exclama :

- Honte ? Mais de quoi ? Parce que tu es toujours puceau ?

J'opinais de la tête et avec tout le sérieux dont il pouvait faire preuve, Juha répondit :

- Tu n'as pas à avoir honte. Au contraire... Tu sais, je trouve cela mignon. C'est que tu attendais pour être sûr de toi... Tu es certain que tu ne regretteras pas par la suite si tu t'offres à moi ? Demanda-t-il après un instant de réflexion.

A cette question, je me découvrais le visage et plongeais mon regard dans celui brûlant de Juha. D'une voix assurée, je répondis sans aucune hésitation :

- Certain...

Un sourire éblouissant illumina son visage et après un baiser ardent et fiévreux, il ondula le long de mon corps, telle une anguille, et avant que je ne réalise entièrement ce qui se passait, Juha s'empara de ma virilité et d'un geste lent et ample, il entama un langoureux va et vient qui m'arracha un cri de surprise et de plaisir mêlés. Il garda ce même rythme un long moment, puis après m'avoir ravi un autre baiser qui me fit perdre la tête, sans préavis, il pris en bouche mon intimité douloureusement gonflée de désir.

De nouveau, je laissais s'échapper un cri de plaisir à l'état brut tandis qu'il variait la cadence, alternant entre des va et vient amples et lents et rapides et irréguliers. Il garda ce rythme irrégulier pendant un temps qui me parut interminable, réduisant la cadence lorsqu'il sentait que j'approchais du point de non retour. Soudain, il cessa tout mouvement et je poussais un cri de protestation qui fit sourire Juha. Comme pour m'apaiser, il m'embrassa langoureusement avant de retourner à son occupation première. Du bout de la langue, il titillait mon intimité douloureuse et galvanisé par cet attouchement des plus érotiques, je gémissais son prénom tout en plongeant mes mains dans ses cheveux, en une demande implicite d'approfondir ces caresses.

Accédant à ma requête, il accéléra la cadence de ses va et vient et lorsque j'atteignais le point de non retour, il ralentit considérablement son action, m'arrachant un cri de frustration qui l'incita sadiquement à garder ce rythme atrocement lent alors qu'à présent, je ne demandais plus que l'autorisation de me libérer enfin. Puis, contre toute attente, il me reprit entièrement en bouche, m'arrachant cette fois-ci, un sanglot de plaisir à l'état pur. Sous l'afflux toujours plus intense de plaisir, je me cambrais violemment et après un énième allé retour de Juha sur mon intimité, je me libérais dans un sanglot de plaisir brut.

Un sourire satisfait étirant ses lèvres, Juha vint quémander l'ouverture de mes lèvres à laquelle j'accédais sans aucune hésitation, plus par automatisme que par réelle réponse, l'esprit encore embrumé par la vague de jouissance qui venait de déferler sur moi. Le souffle erratique, j'attirais Juha  à moi, le forçant à s'allonger sur moi et j'enfouis sais ma tête dans son cou, m'enivrant de son odeur suave et typiquement masculine. A travers son pantalon, je pouvais sentir son érection pulser contre ma cuisse en une demande d'être assouvie.

Alors que notre baiser se faisait toujours plus ardent, je sentis la main de Juha reprendre l'exploration de mon corps pour aller se perdre entre mes cuisses et s'arrêter longuement et explicitement entre mes fesses. Instinctivement, je me raidis et resserrais les jambes. J'avais subitement peur de ce qui allait suivre, peur de donner raison à ceux qui m'avaient rabaisser plus bas que terre durant toutes ces années. De plus je n'avais absolument aucune expérience de ce qui allait suivre, n'ayant jamais osé me renseigner, trop hanté encore par mon passé.

Après une seconde d'hésitation, la main de Juha poursuivit sa course avec plus de conviction, et de nouveau, je me tendis. Mon coeur battait à une allure inquiétante et malgré que j'essayais de me faire à cette idée de me faire prendre et de tirer définitivement un trait sur mon passé, je ne parvenais pas à me détendre. J'étais comme paralysé d'effrois et je ne parvenais plus à émettre le moindre son. Semblant s'en rendre compte, Juha retira précipitamment sa main et d'une voix inquiète, il demanda :

- Gabriel ? Ca ne va pas ? Tu... Tu veux que j'arrête ?

Je ne répondis rien, à la fois honteux et apeuré et Juha poursuivit, toujours avec cette voix douce et apaisante :

- Tu peux le dire tu sais... Je... Je sais ce que cela fait quand on ne veut pas... Jamais je ne te forcerais... Je... Je reviens, excuse-moi...

Sur ses mots, il se releva et après avoir déposé un rapide baiser à la commissure de mes lèvres, il alla s'enfermer dans la salle de bain. J'étais peu être naïf, mais pour le coup, je n'avais pas besoin que l'on me fasse un dessin. Je savais parfaitement pour quelle raison Juha s'était éclipsé. Honteux, je me roulais en boule sous les draps que je rabattais sur moi, comme pour me cacher aux yeux de Juha, dont les gémissements étouffés par la porte close de la salle de bain, résonnaient à mes oreilles. Silencieusement les larmes se mirent à couler le long de mes joues, des larmes d'humiliation et de culpabilité. En même temps, je repensais aux dernières paroles qu'avait prononcé Juha. Qu'avait-il voulu dire par là ? Plus j'y songeais et plus j'avais peur de comprendre...

Je restais un moment ainsi, immobile, à tenter de refouler mes sanglots. Quelques minutes plus tard, Juha sorti de la salle de bain et s'approcha du lit.

- Gabriel ? Quelque chose ne va pas ? Demanda-t-il d'une voix tremblante d'inquiétude.

Je ne répondis rien, sachant pertinemment qu'il devinerait mes sentiments au son de ma voix. Comme s'il se doutait de quelque chose, il s'approcha du lit et s'assis sur le bord avant de soulever lentement le drap qui me recouvrait. Du mieux que je pus, je tentais de dissimuler les larmes qui inondaient mes yeux et maculaient mes joues, ne souhaitant pas m'attirer quelconque réflexion de la part de Juha. Les yeux obstinément clos,  je ne voyais pas ce qu'il faisait, et ne pu retenir un tressaillement lorsque du bout du pouce, il essuya mes larmes :

- Tu n'es qu'un imbécile, murmura-t-il d'une voix à la fois douce et amusée. T'ai-je déjà reproché quoi que ce soit ? Ajouta-t-il avec plus de sérieux. Je comprends parfaitement ta peur, j'étais comme toi la première fois. Et si tu veux mon avis, je préfère tout arrêter maintenant plutôt que de te voir le regretter par la suite... Je te l'ai dit et je te le redis, jamais je ne ferais quelque chose sans ton accord...

Je ne répondis rien, honteux de mon comportement et de cette peur viscérale qui me nouait l'estomac. Je me redressais et passant mes bras autour de son cou, je l'attirais à moi pour une étreinte désespérée. Entre deux sanglots, je murmurais d'une voix éraillée :

- Je te demande pardon... Je...

- Chut, répondit-il en me massant lentement le dos. Ne dit rien...

Nous restâmes un long moment ainsi enlacés, puis Juha finit par s'allonger à mes côtés. Je posais ma tête au creux de son épaule et lui me caressait tendrement le dos, suivant ma colonne vertébrale de haut en bas en un geste dont je le soupçonnais de ne pas avoir conscience. Après de longues minutes de silence, je me décidais à lui poser la question que me tracassait depuis tout à l'heure :

- Juha ?

- Hmhm... Souffla-t-il.

- Qu'est-ce que tu sous entendais tout à l'heure quand tu as dit que jamais tu ne me forcerais parce que tu savais ce que cela faisait ?

Comme je m'en doutais, il ne répondit pas immédiatement à ma question. Il finit par prendre une profonde inspiration avant de prendre la parole d'une voix étrangement rauque, comme si cela lui faisait mal de replonger dans ses souvenirs :

- Je... Lors de mon arrivée en prison il y avait ce gardien.... Il... Je t'ai dit cela parce que j'ai été violé... Une fois par un des gardiens et une... Une seconde fois par celui qui partageait ma cellule... Heureusement, après cela, ils... Ils m'ont changé de cellule...

Malgré le fait que je m'en doutais, cela me fit tout de même un choc de l'apprendre de vive voix. Je comprenais mieux à présent pourquoi il se retenait avec moi et intérieurement, je l'admirais. Je l'admirais pour avoir surmonté cette épreuve et d'avoir eut le courage de me faire partager ce souvenir douloureux.  Au fond de moi, je savais pertinemment que si cela devait m'arriver un jour, je n'y survivrais pas.

- Je suis désolé, Juha...

- Désolé de quoi ? Demanda-t-il avec un petit rire qui sonnait si faux à mes oreilles. Tu n'as pas à être désolé, tu n'y es pour rien... Et puis, je l'ai mérité...

Je sursautais à l'entente de ses dernières paroles et je me redressais vivement sur les coudes afin de pouvoir lui faire face et tenter de déceler dans son regard une lueur de plaisanterie douteuse.

- Personne ne mérite ce genre de traitement Juha, personne ! Répétais-je pour donner plus de poids à mes convictions. Et puis, pourquoi crois-tu que tu le mérites ?

- Parce que je... J'ai tué Kilian, je ne suis qu'un assassin.... Je mérite bien pire qu'un simple viol, déclara-t-il la voix enrouée par une pointe de colère et e dégoût.

- Tu en as encore beaucoup des conneries comme celle là ? Demandais-je avec sarcasme et fermeté, passablement énervé par ce que venait de dire Juha. Non mais sérieusement, tu te rends compte ce que tu viens de dire ? Plus jamais je ne veux t'entendre dire des choses aussi horribles. Tu me le promets ?

-Je... Commença-t-il avec hésitation.

- Dis-le, Juha ! M'exclamais-je, voulant l'entendre dire.

- Je... Je te promets, murmura-t-il finalement.

Rassuré, je me recalais tout contre lui, une main posée sur son torse tandis que du bout des doigts, il effleurait inconsciemment mon épaule, à la base de ma cicatrice. Nous restâmes un long moment silencieux, appréciant simplement le fait d'être l'un prêt de l'autre. Lentement, mes paupières s'alourdirent et ma respiration se fit de plus en plus lente et régulière. Alors que je m'apprêtais à rejoindre le pays des songes, la voix de Juha, résonna à mes oreilles :

- Gabriel ?

- Mh...

- Tu voudrais venir habiter ici avec moi ? Demanda-t-il avec incertitude.

A présent réveillé, mais n'étant pas certain d'avoir bien saisis le sens de sa phrase, je demandais, incrédule :

- Pardon ?

- Tu serais d'accord pour venir vivre ici, avec moi ? Répéta-t-il.

Je restais un moment interdit face à cette demande inattendue, pesant le pour et le contre de cette proposition qui un sourire radieux étirant mes lèvres, je déclarais simplement :

- D'accord...

Comme s'il semblait surpris de ma réponse, ne s'attendant visiblement à recevoir une réponse si tôt de ma part, il se redressa et plongeant son regard vert hypnotique dans le mien, il répondit avec la voix de quelqu'un qui ne croyait pas ce qu'il entendait :

- C'est vrai ?

- Oui...

Les yeux pétillants et un large sourire étirant ses lèvres, il fondit sur moi et ravi mes lèvres avec empressement. Ardemment, sa langue vint quémander l'ouverture de mes lèvres et j'y répondis avec la même fougue. Aussitôt que nos langues se rencontrèrent, elles se mêlèrent en un ballet érotique qui nous laissa tout les deux pantelants. Plus nous nous embrassions et plus je prenais plaisir à goûter à la saveur et la texture douce et délicate de ses lèvres. Lorsque l'air vint à nous manquer, nous nous séparâmes à contrecoeur et je me blottis contre lui. C'est tendrement enlacé que nous finîmes par nous endormir pour de bon.

 A suivre ^^



Merci d'avoir eu le courage de lire jusqu'ici xD et j'espère que la lecture vous a plu et que vous avez passé un bon moment.
N'hésitez pas à nous faire part de vos impression ^^ et à très bientôt.




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Lundi 4 août 2008
Suite de la partie 05

Quelques secondes plus tard, je sentis le lit s’affaisser et Juha soulever les couvertures pour pouvoir y prendre place. Une fois installé, il éteignit les lumières et ne bougea plus. Un long silence s’en suivit et alors que je sombrais de plus en plus profondément dans le sommeil, il demanda :

- Gabriel… Tu vas aller retrouver ta famille pour les fêtes de Noël ?

A cette question, je me tendis brusquement, et parfaitement réveillé, je répondis simplement après un court silence ;

- Non… Je ne fêterais pas Noël cette année… De toute façon, ajoutais-je avec mélancolie, cette fête n’a aucune signification pour moi… Et toi ? Tu vas le passer avec ta famille ?

- Non, je… Je n’ai plus de contact avec eux depuis la prison… Tu veux bien le passer avec moi ?

Je me tournais vers lui, surpris, puis un sourire étirant mes lèvres, je me penchais vers lui et l’embrassais sur la joue avant de répondre :

- Avec plaisir…

De nouveau, le silence nous engloba jusqu’à ce que ma curiosité piquée au vif, je demandais, abordant le sujet avec hésitation :

- Juha ?

- Oui ? Répondit-il d’une petite voix.

- Combien de temps tu y es resté ? En prison de je veux dire…

Je l’entendis prendre une profonde respiration, puis finalement, il finit par me répondre d’une voix enrouée :

- J’ai passé dix ans de ma vie là bas… J’y suis rentré à dix-sept ans et j’en ai vingt-sept aujourd’hui…

- Juha ? Demandais-je de nouveau. Pourquoi tu as fais de la prison ? Ajoutais-je non sans hésitation et crainte de le voir s’énerver à ma question.

Puis face à son silence gêné, je poursuivis, m’attentant cependant à me prendre une jette à tout moment :

- C’est… C’est à cause de Kilian, n’est-ce pas ?

- Oui… Enfin, ce n’est pas à cause de lui, mais cela à un rapport avec lui… Répondit-il en restant évasif.

Je restais silencieux, songeant à toutes ces révélations que j’avais apprises sur lui en quelque temps, puis un détail me revint. De moins en moins rassuré, je demandais :

- Il était ton… Ton amant ?

- Oui, répondit-il simplement.

- Alors c’est vrai ce qu’il disait ? Tu… Tu l’as vraiment tu… Tué ? Pardon, ajoutais-je précipitamment en voyant que Juha se crispait sous les draps. Je vais trop loin, excuses moi. Je n’aurais pas du te demander cela…

Détournant complètement la conversation, Juha demanda, visiblement surpris :

- Tu as dis que tu ne fêterais pas Noël cette année, pourquoi ? Tu le fêtais avant ? Avec qui ?

- Ben… Comme j’étais avec Marion les autres années, je le fêtais avec Philippe, mais à présent, je me vois mal débarquer là bas… Répondis-je mi amusé, mi mélancolique.

- Et avant que tu sois avec Marion, tu le fêtais avec quelqu’un non ?

Aussitôt, je me retrouvais plongé dans mes souvenirs, revivant mentalement les seuls Noël que j’avais vécu avec Kay durant mon enfance. Je me rappelais de la petite bougie que nous allumions et que nous posions entre nous à côté du petit sapin que nous coupions dans la forêt et dont nous décorions les branches avec quelques objets que nous parvenions parfois à voler sans que personne ne s’en rende compte. Pendant des heures, nous restions en silence assis dans le froid du grenier, à regarder brûler cette flamme qui nous apportait l’espoir qu’un jour tout irait mieux. Puis, lorsque les douze coups de minuit sonnaient, nous échangions nos cadeaux, un pour Kay et deux pour moi, car, malgré mes protestations, Kay voulait absolument fêter mon anniversaire en même temps. Une fois les cadeaux ouverts, nous soufflions ensemble sur la petite flamme, prononçant un souhait muet puis nous nous endormions sous une couette, blottis l’un contre l’autre. Je fus sorti de mes souvenirs par la voix inquiète de Juha :

- Gabriel ?

- Hm ?

Puis, me souvenant de sa question, je répondis d’une voix tremblante d’émotions :

- Oui, je… Je le fêtais avec mon… mon meilleur ami…

- Et tu ne le vois plus ?

- Je n’ai plus eut de nouvelles de lui depuis mes quatorze ans, soit bientôt onze ans.

- Bientôt ? C’est bientôt ton anniversaire ?

Je me tournais vers lui, un sourire dépeint sur le visage et répondis :

- Le vingt-cinq…

- Décembre ? s’exclama-t-il surpris.

- Oui, répondis-je simplement.

- Tu es la première personne que je rencontre qui soit née à cette date. Et tu vas avoir vingt-cinq ans ?

- Oui, répétais-je.

- Tu te rends compte ? Un quart de siècle ! Fit-il remarquer en éclatant de rire.

- Hey ! Je ne permettrais pas une telle réflexion d’un homme qui aura trente ans d’ici peu ! M’exclamais-je à mon tour, prenant un air faussement indigné.

Après un court silence durant lequel je bâillais à m’en décrocher la mâchoire,  je me tournais sur le côté et d’une voix éraillée, je murmurais :

- Bonne nuit, Juha.

Dans un état semi comateux, je le sentis se pencher vers moi et avant que je ne réalise ce qui se passait, ses lèvres s'emparèrent des miennes en un doux effleurement aérien avant de murmurer tout contre ma bouche :

- Bonne nuit Gabriel.

C'est blotti toute contre lui que je finis par m'endormir, épuisé par ma journée. Cependant, parler du passé avait ravivé mes souvenirs, revenant hanter mon sommeil. C'est ainsi que je restais éveillé toute la seconde partie de la nuit, repensant inlassablement à Kay. Je ne pouvais m'empêcher de songer à lui, de me demander ce qu'il était devenu et s'il avait refait sa vie avec quelqu'un d'autre. Alors que je me posais multiples questions que je savais pourtant sans réponse, je sursautais en sentant Juha se mettre à crier dans son sommeil, en proie à un cauchemar. Subitement, il ouvrit les yeux et dans un sanglot, il s'exclama en une litanie incessante :

- Je l'ai tué... Je l'ai tué...

Mon coeur se serra de douleur. Je pouvais ressentir la peine et la souffrance de Juha comme si c'était la mienne. Aussitôt, je le pris tout contre moi et commençais à le rassurer comme je pus, d'une voix qui se voulait calme et rassurante, mais pourtant chargée d'incompréhension. Lorsqu'il fut à peu près calmé, je lui demandais :

- Et si tu me racontais ? Tu ne crois pas que cela pourrait te soulager ?

- Je ne suis qu'un monstre, gémit-il. J'ai tué Kilian... Je l'ai tué... J'aurais du passer ma vie à croupir en prison...

- Calme toi... Je ne comprends rien à ce que tu dis... Explique moi calmement, d'accord ? Demandais-je en raffermissant mon étreinte autour de lui.

- J'ai connu Kilian à l'âge de treize ans. Très vite, nous nous sommes rendu compte que nos sentiments respectifs allaient bien au delà qu'une profonde amitié. Nous vivions une relation que l'on aurait pu qualifier de passionnelle. Tout allait pour le mieux, c'était vraiment merveilleux, jusqu'à ce qu'un jour, quatre ans plus tard, je...

Il fis une pause, soupirant longuement comme pour se donner du courage puis repris avec hésitation et la voix tremblante de sanglots contenus :

- J'ai appris qu'il était atteint d'une maladie incurable qui le tuait à petit feu dans une douleur insupportable.  Plus la maladie évoluait, plus son corps et son mental étaient atteint de dégénérescence. Il n'en avait plus pour longtemps à vivre et Kilian le savait lui aussi. Je ne sais combien de fois il m'a supplié de le délivrer de cette souffrance, n'ayant pas le courage de le faire lui-même. Je passais tout mon temps à son chevet,  me refusant à cette idée de li donner la mort. Mais toujours il me suppliait, me demandant de le faire avant qu'il ne m'oublie définitivement et que je ne garde de lui que des souvenirs d'un corps inerte et d'un esprit défaillant. Puis un jour j'ai cédé... Je l'ai tué... Je m'en veut tellement d'avoir été aussi lâche... C'est le frère de Kilian qui m'a dénoncé. Il n'a jamais accepté ce qui me liait à lui et ne comprenait pas l'envie que Kilian avait de vouloir mourir. Il aurait préféré le voir se battre contre la maladie et n'acceptait pas le fait qu'elle puisse être plus forte que lui... Si seulement j'avais su... Jamais je n'aurais appuyé sur la gâchette...

Je ne savais que dire pour le réconforter, je n'avais jamais été très doué pour ce genre de chose, ni pour trouver les mots qui sauraient apaiser sa souffrance. Je décidais alors de le faire au feeling, espérant mentalement qu'il saurait excuser ma maladresse :

- Tu sais, je ne sais pas ce que tu as pu ressentir, mais je peux l'imaginer et je pense qu'au contraire, même si tu as perdu dix ans de ta vie en prison, tu peux être fier de toi. Peu de personnes auraient été capables d'offrir cette ultime preuve d'amour à la personne qu'elles aiment.

Après un court instant, j'ajoutais :

- Tu sais, à la place de Kilian, j'aurais fait la même chose...

- Non ! S'exclama alors vivement Juha en se redressant et en me faisant face. Plus jamais je ne veux revivre cela... Plus jamais je ne veux ressentir la douleur de perdre un être qui m'est cher... Comment peux-tu dire cela ? Comment peux-tu ignorer ma douleur ? T'es tu seulement demandé ce que j'ai pu ressentir ? Tu ignores tout de cette culpabilité qui me ronge depuis dix ans...

Je restais silencieux, maudissant ma maladresse et mon manque de subtilité, ne sachant que dire pour rattraper mon erreur. Alors que je réfléchissais à ce que je pouvais dire, Juha déclara doucement :

- Je suis désolé Gabriel, je n'aurais pas du m'emporter contre toi. Mais je... Je tiens à toi tu sais... Je ne veux pas qu'il t'arrives quelque chose...

Je n’aurais jamais imaginé être aussi touché par les paroles de Juha. Jamais encore je n'avais entendu ses mots prononcés par quelqu'un d'autre que Kay et je désespérais l'entendre de nouveau un jour. Plus le temps passait et plus je commençais à me dire que je n'étais pas une personne à aimer, que personne ne pourrait un jour ressentir le moindre sentiment affectif pour moi, et voilà que Juha me disait ses mots tellement attendu avec une aisance déconcertante... Je lâchais un soupir de contentement tout en me laissant aller contre Juha, appréciant la douceur et la chaleur qui émanait de lui :

- Moi aussi je tiens à toi Juha... Ne m'abandonne pas s'il te plait...

S'il parut surpris par ma supplication, il n'en laissa rien paraître et bientôt nous plongions de nouveau dans le sommeil, tendrement enlacés.

Je me réveillais le lendemain le lendemain matin avec la désagréable impression d'être observé. De mauvaise humeur, je me tournais de l'autre côté mais quelqu'un semblait en avoir décidé autrement. Une main s'aventura sans pudeur aucune sous mon t-shirt remonté sur mon ventre et aussitôt, je sursautais, à présent totalement réveillé. J'ouvris les yeux pour me noyer directement dans les pupilles verts d'eau de Juha. Un sourire étirait ses lèvres et d'une voix qui ne cherchait pas à dissimuler son amusement, il chuchota :

- Je ne te savais pas aussi fainéant le matin ! Serais-je en train de découvrir une autre facette de ta personnalité ?

- Mmf... Fatigué, grognais-je en me laissant lourdement retomber sur le matelas.

Accoudé au dessus de moi, Juha me regardais avec un désir évident qui malgré tout, me mettait mal à l'aise. Puis, anéantissant la distance qui séparait encore nos lèvres, il se pencha au dessus de moi et s'empara de mes lèvres avec une passion non feinte. Très vite, sa langue vint quémander avec gourmandise l'accès à mes lèvres, investissant ma bouche avec sensualité. Nos langues se mêlaient en un ballet farouche et emprunt de sensualité, se faisant de plus en plus gourmand et possessifs. Complètement abandonné à lui, je me laissais guider par Juha qui m'entraînait toujours plus loin dans notre baiser, me guidant avec savoir faire. Je sentais bien qu'il avait de l'expérience et docile, je me laissais entraîner dans cette danse à la limite de l'érotisme. Je prenais de plus en plus de plaisir à ses baisers, y répondant sans me faire prier, mais j'avais encore beaucoup de mal à en être l'auteur.

Après un baiser des plus ardents, nous nous séparâmes à contrecoeur, le souffle court et je me levais pour aller prendre ma douche. Soudain, je repensais à quelque chose et me tournant vers Juha, je déclarais :

- Je vais à un concert ce soir... Tu... Enfin... Tu veux venir avec moi ?

- Je... Oui, pourquoi pas... Mais je n'ai pas de billet...

- J'en ai... J'avais l'intention d'y emmener Marion car on était encore ensemble quand j'ai acheté les places, mais à vrai dire, je n'ai aucune envie d'y aller avec elle... En fait, mois je la vois, mieux je me porte...

- Oh... Bien, tu me diras combien je te dois, alors...

- Non... C'est cadeau, ajoutais-je en le voyant ouvrir la bouche pour protester.

- Mais... D'accord... Merci, Gabriel...

Satisfait, j'allais prendre ma douche et pendant que Juha prenait la sienne, je nourrissais le rapace dont je n'avais toujours aucune idée de prénom. La journée passa à une allure affolante et vers dix-sept heures, j'allais voir Philippe pour le prévenir de notre départ et lui demander de s'occuper de l'aigle. De nouveau, nous allâmes nous laver, histoire de ne pas arriver là bas et sentir le cheval et la sueur, puis je me changeais et prêtais des affaires propres à Juha. Une demi-heure plus tard, nous prenions la route. La circulation était plutôt bonne, nous arrivâmes en avance et du coup, Juha nous paya à chacun une pizza. Une fois celle-ci terminée, nous prîmes le chemin de la salle de concert et marchant côte à côte. Cependant, la tranquillité ne dura pas, car au détour de la rue, je tombais nez à nez avec un des fantômes de mon passé. En onze ans, il n'avait pas changé... Seuls ses cheveux étaient un peu plus grisonnant et des rides creusaient son visage amaigri, mais hormis cela, il restait le même que dans mes souvenirs. Dans ses yeux brûlaient toujours cette même lueur de folie que trop de monde pardonnait ou ignorait à la vue de sa soutane. Je le vis venir vers moi et avec haine, il s'exclama :

- Je savais bien que c'était toi... C'est difficile d'oublier un visage comme le tien, morveux !

Je le vis me détailler de la tête aux pieds, me scrutant avec dégoût et répugnance avant de reprendre :

- A ce que je vois, tu sembles avoir réussit dans ta vie... Me serais-je trompé ? Ou voles-tu toujours ce dont tu as besoin pour subvenir à ta misérable existence ?

Plus il déblatérait ses paroles, plus je sentais la honte me gagner, tandis que Juha me dévisageait avec incompréhension. C'est alors que mon interlocuteur sembla se rendre compte de sa présence à mes côtés car il poursuivit avec toujours se mépris dans sa voix, comme s'il parlait à un chien :

- Je l'avais prédit... Tu es le fils du Malin, le mal et la perversion ont eut raison de toi... Le péché de la luxure coule dans tes veines...

C'est alors que Juha prit subitement la parole, le coupant dans son réquisitoire :

- Excusez-moi, mais vous vous trompez de personnes. Nous n'avons pas le temps de vous écouter déblatérer vos conneries, vieux fou...

Puis, me prenant par la main, il m'entraîna à sa suite. Docilement, je me laissais faire, tétanisé par cette apparition qui m'avait immédiatement renvoyé onze ans en arrière, dans une vieille cave sombre et humide sur les murs de laquelle résonnaient encore à mes oreilles, mes hurlements de douleur. Voyant cela, le vieil homme s'exclama :

- De toute façon, vous êtes de la même espèce ! Un jour les animaux dans votre genre finiront sur le bûcher...

- Ouais, si tu veux, répondit Juha en s'éloignant rapidement.

Quant à moi, je ne prenais pas garde à ce qui se passait autour de moi. L'estomac noué, j'avais une horrible envie de vomir. Pourquoi devais-je tomber sur lui maintenant alors que pendant tout ce temps, je n'avais eu aucune nouvelle et aucun lien avec mon passé. Pourquoi devait-il ressurgir ainsi ? Je m'arrêtais dans une petite ruelle et rendis le contenu de mon estomac, ne faisant même pas attention aux larmes qui inondaient mais joues et aux sanglots qui secouaient mes épaules. A côté, Juha me massait le dos, cherchant à m'apaiser, tout en cherchant les mots qui pourraient me remonter le moral :

- Ne fais pas attention à lui Gabriel. Ne laisse pas ses mots t'atteindre. Tu vaux beaucoup mieux que ce qu'il veut faire croire. Pauvre fou ! Cet homme est un dément, il ne sait pas ce qu'il dit... Et puis, il ne t'a pas appelé par ton prénom, il ne savait même pas à qui il parlait...

Je marmonnais entre deux sanglots qu'il savait parfaitement qui j'étais, mais Juha ne sembla pas entendre si bien que je déclarais :

- Si je... Je connais cet homme...

- Ah bon ? Demanda-t-il visiblement surpris. Qui était-ce ?

- Un cauchemar, répondis-je sans m'appesantir sur la question.

Il continua à passer sa main dans mon dos pendant encore quelques minutes jusqu'à ce qu'il finisse par dire :

- Allez viens, ne gâche pas ta soirée pour un type comme lui.

Obéissant, je me levais et le suivit en silence jusqu'à la salle de concert. L'entrée était blindée et il nous fallut attendre bien une quinzaine de minutes avant de finalement pouvoir entrer. Une fois dans la salle je guidais Juha dans la fosse, juste devant la scène et ignorant les autres, nous patientâmes échangeant parfois quelques mots, Juha me demandant quelques précisions sur le groupe que nous allions voir. Près d'une demi-heure plus tard, le groupe monta sur scène et la salle fut envahie par le son des guitares électriques et de la batterie. Aussitôt, la foule entra en mouvement, nous entraînant dans un mouvement de masse déferlant sur nous au rythme de la musique. Si Juha parut s'amuser la première minute, cela ne fut plus le cas par la suite. Il semblait avoir beaucoup de mal à gérer toute cette subite agitation autour de lui. Avisant cela, je posais ma main sur son épaule et me penchant vers lui, je lui criais à l'oreille, dans le but de me faire entendre :

- Ca va ?

- Oui... T'en fait pas, répondit-il.

J'avais conscience qu'il disait cela pour me rassurer et je décidais d'attendre un peu voir comment les choses tourneraient pour prendre une décision. Je reportais mon attention sur la scène, jetant parfois quelques coups d'oeil à Juha. Cependant, lorsque finalement, il vint s'aggriper à moi, semblant sur le point de défaillir,, je lui pris la main et l'entraînais sans ménagement à ma suite. Je l'emmenais dans les toilettes et une fois à l'écart de la foule, je lui demandais :

- Que se passe-t-il ? Et ne me ment pas en disant que tout va bien, je vois à ta mine que ce n'est pas vrai...

- Je... Excuse-moi... Je... Je ne suis plus habitué à avoir autant  de monde autour de moi...

- Oh... Oui, je comprends... Pardonne moi, j'aurai dû y penser avant de t'entraîner là dedans... Je suis désolé.

- Ce n'est rien, ne t'en fait pas. Ca va déjà beaucoup mieux, mais je ne peux pas y retourner... Vas y sans moi...

- Tu plaisantes j'espère ! M'exclamais-je indigné. Si on rentre, c'est ensemble. Allez viens, partons d'ici...

- Merci... Je suis désolé de gâcher ta soirée...

- Ne t'excuse pas. De toute façon, je n'avais pas vraiment la tête à m'amuser... Je crois plutôt qu'une bonne nuit de sommeil sera le mieux...

Le chemin du retour s'effectua dans un silence monastique et c'est près d'une heure plus tard que je garais la voiture sur le petit parking en bas de chez Juha. Nous entrâmes dans le studio et le jetais les clés sur la petite table dans l'entrée avant d'aller me chercher un verre d'eau et une pomme. Je demandais à Juha s'il désirait quelque chose de spécial et recevant une réponse négative, j'allais le rejoindre au salon. Je restais à ses côtés le temps de manger ma pomme puis après m'être excusé auprès de Juha, j'allais m'allonger dans le lit pris d'un soudain coup de fatigue.

J'entendis Juha s'affairer quelques temps dans le petit appartement et lorsqu'il vint me rejoindre un peu plus tard,se glissant discrètement entre les couvertures, j'allais me lover tout contre lui, ayant le besoin et l'envie de sentir sa chaleur rassurante et protectrice. Semblant comprendre mon désir de protection, il m'enlaça tendrement et soupirant de bien être, je me laissais aller à poser ma tête sur son torse. Alors que je me sentais partir, emporté par le sommeil, j'entendis Juha m'appeler :

- Gabriel ?

- Hn ? Répondis-je à moitié endormi.

- Je peux te poser quelques questions ?

- Je... Hésitais-je avant de finir par céder. D'accord... Je t'écoute.

- Cet homme, toute à l'heure, tu disais le connaître... Où l'as-tu connu ? Dans quelle circonstance ?

Je restais un moment silencieux, pesant le pour et le contre de tout lui avouer, puis je finis par céder. Juha m'avait parlé de lui, il était normal que j'en fasse de même et que je lui confie mon passé, mais d'un autre côté, j'avais peur qu'il ne se moque de moi en apprenant d'où je venais et la misère qui avait été mon quotidien. Finalement, la voix tremblante d'émotion, de peur et de honte, je commençais à parler :

- Je... Je n'ai jamais connu la douceur et la chaleur d'une mère et j'ai compris le rôle que pouvait avoir un père lorsque j'ai rencontré Philippe. C'est lui qui m'a offert mon premier foyer...

Face à l'expression horrifiée de son visage, je sus qu'il avait compris et je confirmais ses pensées :

- Oui, j'ai passé toute ma vie à l'orphelinat. Je suis ce que l'on appel un pupille de la nation. J'ai été trouvé à l'âge de quelques jours sur le perron de l'église du père Colman, l'homme que nous avons croisé toute à l'heure... Je ne connais rien de mes origines et lorsque j'ai voulu faire des recherches, pour comprendre qui j'étais et d'où je venais, on m'a informé que c'était tout simplement impossible... Ma mère avait accouché sous X et n'a jamais dévoilé qui était mon père...

Je me tu un instant, la voix brisée par la multitude de sentiments qui s'imposaient à moi et profitant de mon silence, Juha déclara, tout en raffermissant sa prise autour de moi :

- Je suis désolé, Gabriel...

- Tu n'as pas à l'être... Cela ne changerait rien de toute façon... C'est... poursuivis-je. C'est à l'âge de trois ans que j'ai fait la connaissance de Kay. Il est arrivé là suite à la mort de ses parents lors d'un accident d'avion. Je me suis  immédiatement attaché à lui et de son côté, il m'a prit sous son aile. Il avait alors cinq ans et il prenait toujours ma défense contre les autres... Nous avons grandis ensemble, il était comme un frère pour moi, mon meilleur ami, le seul que j'ai jamais eu... Cependant, plus je grandissais et plus... Plus je me rendais compte que l'amour que j'avais pour Kay allait au delà de l'amour fraternel... C'était... C'était bien plus profond... L'année de mes quatorze ans, je... Kay et moi avions vo... Volé quelques cerises au paysan du coin et pour ne pas nous faire prendre,, nous nous sommes séparés... Je me souviens de la peur que j'ai ressentie à ne pas le voir arriver... Finalement quand il est revenu, c'est là... C'est là qu'il m'a donné mon premier baiser... Le... Le père Colman nous a surprit... Je... Je ne me souviens pas vraiment de ce qui s'est passé ensuite... Je me rappelle juste des insultes et de l'humidité et des ténèbres d'une vieille cave... Je ne sais pas combien de temps j'y suis resté, seul, affamé et tremblant de froid et de peur, mais je...J'en garde à présent une trace indélébile...

Comprenant le sous entendu, il glissa sa main dans mon dos et alors que je me tendais, il me demanda :

- Je peux la voir ?

Je lui lançais un regard apeuré, mais ne décelant aucune trace de moquerie ou autre, je me redressais et retirant mon t-shirt, je lui présentais mon dos. Je frissonnais lorsque je sentis ses doigts glisser le long de la cicatrice immonde qui zébrait mon dos dans toute sa longueur, de mon omoplate gauche jusqu'à ma fesse droite. Il passa et repassa dessus, inlassablement, comme s'il tentait de l'effacer. Je finis par me détendre totalement, me laissant aller sous la douceur de ses caresses et de son doigté habile et agréable. Nous restâmes un moment ainsi, Juha me caressant le dos et moi, soupirant de bien être sous ses attouchements. Puis, dans un soupir à peine murmuré, il demanda :

- Que s'est-il passé ? Après je veux dire... Pour toi et Kay...

- Je... Je me suis réveillé à l'infirmerie. Kay était là, à mon chevet. IL est resté un moment puis est parti avant qu'on ne le trouve. Quand je suis sortis quelques jours plus tard, je... Kay était sur le point de partir... Depuis ce jour là, je... Je ne l'ai plus jamais revu...

Je me tu un instant, la voix brisée par les sanglots que je ne parvenais plus à contenir et qui me brûlaient la gorge.

- Le plus dur dans tout cela, repris-je malgré mes pleurs, c'est que... Je... Je n'ai jamais rien su de ses sentiments pour moi. Je ne sais pas pourquoi il m'a embrassé ce jour là...  Ressentait-il réellement quelque chose pour moi?Je... Je n'en sais rien et cela me tue... Je suis hanté par ce souvenir... Je n'en peux plus Juha, je voudrais tellement que cela s'arrête... Sanglotais-je. Il me manque... Il me manque tellement...

Inconsciemment, je me laissais aller dans les bras de Juha qui, d'une voix douce, prit la parole :

- Je sais, Gabriel... Je sais. Mais tu n'es plus seul... Je suis là et je tien à toi... Plus que tu ne l'imagines... Songe maintenant que tu m'as moi... C'est difficile à le dire et encore plus à le faire, mais à présent, il faut que tu penses à Kay comme à une personne qui à fait partie de ta vie, que tu as aimée et que tu aimeras sûrement toujours et pour laquelle tu garderas toujours une place privilégiée dans ton coeur, mais il ne doit plus t'empêcher d'avancer et de refaire ta vie...

- J'ai besoin de toi, Juha, sanglotais-je  en enfouissant mon visage dans son cou et en le serrant de toutes mes forces contre moi. Ne m'abandonne pas toi non plus... J'ai besoin de toi...

- Je suis là Gabriel, murmura-t-il. Je ne part pas, je ne t'abandonnerais jamais... Pleure... Pleure autant que tu veux, cela te soulagera...

Epuisé par mes larmes, aussi bien physiquement que mentalement, je finis par m'endormir entre les bras de Juha qui distraitement, effleurait mon dos du bout des doigts en une caresse apaisante. Cette nuit là, je dormis comme une masse, sans qu'aucun fantôme ne vienne me troubler. Je devais avouer que parler à Juha m'avait vraiment fait le plus grand bien. Jamais encore je ne m'étais senti aussi apaisé et en paix avec moi-même.

La semaine qui suivie se déroula à une allure affolante. Noël approchait à grand pas  et je n'avais toujours pas trouvé le cadeau que je tenais absolument à offrir à Juha. Alors que je sortais du magasin d'équitation dans la grande ville la plus proche, une photo collée sur la vitre attira mon attention. Je venais de trouver le cadeau parfait pour Juha, j'espérais seulement que cela lui ferait plaisir.

Le soir de Noël, je me rendis chez Juha, comme convenu, et alors que je frappais à la porte, plus par politesse que pas nécessité, je commençais à angoisser. J'étais subitement assailli par le doute, mais lorsque Juha m'attira à lui pour un baiser passionné, j'oubliais tout ce qui n'était pas lui. Après quoi, nous prîmes un verre et parlâmes un moment de tout et de rien, Juha me demandant des nouvelles du rapace. Je lui expliquais que j'avais vu le vétérinaire quelques jours plus tôt et qu'il lui avait fait les vaccins. Je lui avais demandé s'il correspondait au profil des dernières disparitions d'oiseaux, mais apparemment, aucun rapace de cette espèce ne manquait à l'appel. J'avais donc deux possibilités, soit je le donnais à un parc animalier, soit je le gardais ici. Et égoïstement, j'avais choisis la deuxième solution, car je devais admettre que je m’étais énormément attaché à lui en l'espace de deux semaines et que cela semblait, à ma plus grande joie, être un sentiment réciproque.

Vers vingt-deux heures, nous passâmes à table et je fus surpris d'apprendre que Juha avait tout préparé lui-même. Le repas terminé, nous avons pris place dans le canapé, Juha me posant des questions sur mes projets pour cette année à venir. A mon tour, je lui demandais avec hésitation, sentant que je m'aventurais sur un terrain glissant et ne souhaitant pas me mettre Juha à dos :

- Et toi ? Tu... Tu as quelque chose qui te tien particulièrement à coeur ?

Après un court silence, il répondit avec hésitation :

- Non... Rien de spécial...

- Et... Ta famille... Tu... Tu ne veux pas tenter de renouer avec eux ? Ils ne te manquent pas ?

- Je... Tu sais, je n'ai jamais eu de grosses affinités avec mes parents et nos relations se sont détériorées lorsque j'ai rencontré Kilian. Ils n'ont jamais accepté mon homosexualité et j'ai préféré couper les ponts avec eux. Kilian était tout pour moi... A l'époque, je me fichais totalement de ne plus avoir de parents, au contraire, j'étais libre d'être avec Kilian, nous pouvions nous aimer librement...

Même si j'entendais ce que disais Juha, je ne comprenais pas qu'il puisse ainsi vivre sans ses parents. L'esprit pas tranquille, je lui fis par de mon point de vue, souhaitant par dessus tout qu'il accepte de m'écouter, même s'il n'adhérait pas à mon état d'esprit et ma façon de voir les choses. Je ne voulais pas gâcher cette soirée, mais en même temps, j'avais envie d'en connaître un peu plus sur lui et je voulais qu'on soit capable de tenir une discussion avec des points de vue divergeant sans pour autant nous engueuler. Non sans appréhension, je répondis touché malgré moi par le sujet abordé :

- Tu sais, j'ai toujours eut du mal à comprendre comment des personnes peuvent être en froid avec des membres de leurs familles ou leurs propres parents. C’n’est pas contre toi hein, m'empressais-je d'ajouter en le voyant se tendre. C'est juste que vous avez de la chance d'avoir des parents, des personnes qui vous aimes autour de vous et c'est vous qui les rejetez. Mais en fait, personne ne sait réellement ce que c'est que de passer toute sa vie sans recevoir la moindre preuve d'affection et de se sentir protéger par des personnes que l'on aime et qui nous aiment en retour. Tu sais, je me suis toujours demandé ce que l'on pouvait ressentir à s'entendre fièrement appelé "mon fils" par son père ou simplement prononcer le mot "maman".

Après ça, je restais silencieux, plus touché que je ne l'aurais voulu.

- Je comprend que ce soit dur pour toi Gabriel, mais tu sais, ce n'est pas parce que ce sont mes parents ou autre qu'il y a forcément une affinité et des liens affectifs qui se créés. Mes parents sont des gens très exigeants et ils n'ont pas acceptés que je sois différent de ce qu'ils attendaient de moi.

Je méditais un instant sur ses paroles avant de répondre :

- Oui, je vois ce que tu veux dire. Kilian,, ajoutais-je un moment plus tard. Il était comment ?

Du coin de l'oeil, je vis Juha fermer les yeux, comme s'il cherchait à se faire une image mentale, puis, prenant une grande inspiration, il répondit, un doux sourire étirant ses lèvres :

- Il était grand pour son âge et avait une carrure d'athlète. Il avait un visage sévère et était très mature, même si parfois il pouvait partir dans des délires débiles dont lui seul avait le secret. Il avait les cheveux aussi courts que tu les as longs et d'un noir d'ében, comme son regard... Niveau caractère, il était posé et supportait très mal les autres. Il était calme, gentil, doux, drôle, sérieux, possessif, très jaloux et parfois, il savait être fier et particulièrement arrogant et prétentieux.

A mon tour, mentalement, suivant les descriptions de Juha, j'essayais de me faire un portrait robot de l'homme qui avait ravi le coeur de Juha et qui, au fond de lui, continuait encore et toujours de le faire battre. Etrangement, je sentais une boule se former au fond de ma gorge, sans que je ne comprenne pourquoi. Tentant de repousser cette désagréable impression de mal être, je demandais :

- Quel âge avait-il ?

- Vingt ans... Il avait vingt ans... Il en aurait eu trente au mois d'avril. En parlant d'anniversaire, c'est le tien dans... Dix minutes, ajouta-t-il après un rapide coup d'oeil à l'horloge de la télévision, un immense sourire étirant ses lèvres.

Comprenant qu'il souhaitait changer de sujet, j'entrais dans son jeu et demandais :

- Pourquoi tu souris bêtement comme ça ? Lui demandais-je sceptique, le soupçonnant d'avoir une idée derrière la tête.

- Moi ? Mais pour rien ! S'exclama-t-il prenant un air faussement indigné. Vingt-cinq ans... Ca y est... Tu es grand maintenant... Ajouta-t-il un immense sourire étirant ses lèvres, en se retenant de ne pas rire de sa propre connerie.

- Haha ! Fis-je faussement vexé. Va donc me faire un thé au lieu de dire des conneries, déclarais-je en me levant. J'arrive.

Sur ce, je me levais et attrapant les clés de la voiture, je sortis de l'appartement.

La suite dans la partie 07
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